Un avenir passionnant pour le CERN

Le Conseil du CERN1, où les représentants des 19 Etats membres de l'Organisation décident des programmes scientifiques et des ressources financières, a tenu ce jour sa 104e session sous la présidence du professeur Hubert Curien (F).

Rapport du Directeur général sur les activités scientifiques

Le professeur Christopher Llewellyn Smith, Directeur général du CERN, a fait rapport au Conseil sur l'avenir scientifique du Laboratoire, qui aborde une période nouvelle et passionnante de la recherche physique. Cette année, le LEP pénètre dans un territoire inconnu, avec un accroissement majeur de son énergie, qui maintient le LEP2 au centre du programme scientifique du CERN jusqu'à la fin de la décennie.

Pendant l'hiver, 84 nouvelles cavités accélératrices supraconductrices ont été installées, transformation qui permet de changer le nom du LEP en LEP2. L'accélérateur rénové a été remis en service cette semaine, et il est prêt pour passer à sa nouvelle énergie de 161 GeV. Cela ouvre la voie à de nouvelles découvertes passionnantes et cela permettra de produire pour la première fois au LEP des paires de particules appelées W+ and W-. C'est un grand pas en avant dans les études de précision effectuées au CERN sur la force électrofaible.

La recherche au CERN subit actuellement une restructuration majeure, les physiciens se concentrant toujours davantage sur les préparatifs pour le LHC. Plusieurs installations depuis longtemps en service se trouvent maintenant dans la dernière année de leur exploitation. L'anneau d'antiprotons de basse énergie LEAR accélère ses derniers antiprotons en 1996, mettant ainsi un terme à un programme marqué par la détection spectaculaire d'atomes d'antihydrogène l'hiver dernier. Il pourrait cependant être possible de poursuivre les travaux sur l'antihydrogène avec une version modernisée du Collecteur d'antiprotons du CERN, qui prendra le nom de Décélérateur d'antiprotons. Plusieurs expériences en cible fixe se concluront également cette année.

De nouveaux programmes attendent dans les coulisses, financés en majorité par des sources extérieures. La physique en cible fixe pourrait passer à un nouveau spectromètre et un nouveau faisceau de neutrinos pourrait être envoyé à des détecteurs installés au laboratoire italien du Gran Sasso distant de plusieurs centaines de kilomètres. Plusieurs expériences pour l'étude des collisions d'ions plomb à haute énergie commencent à montrer les premiers signes, extrêmement intéressants, de la présence d'un plasma quark-gluon, c'est-à-dire de la matière telle qu'elle se présentait peut-être à la naissance de l'Univers, et on attend avec impatience les nouvelles données des expériences de cette année.

Questions concernant les Etats non-membres

Le projet LHC avait été approuvé par le Conseil en décembre 1994 sous la forme d'une réalisation en deux étapes à la suite desquelles la pleine énergie de 14 TeV serait atteinte en 2008. En approuvant le projet LHC, le Conseil avait cependant pris note qu'il serait possible de réexaminer cette construction en deux étapes du projet et de revenir à la construction immédiate d'un accélérateur de 14 TeV, s'il apparaissait clairement, d'ici 1997, que des Etats non-membres apporteraient des engagements financiers suffisants pour le projet.

Le Directeur général a exposé au Conseil les progrès accomplis dans les négociations avec des Etats non-membres sur les contributions au projet LHC.

  • Le Japon a déjà apporté une généreuse contribution de 5 milliards de yens et les relations entre le CERN et le Japon se développent de manière satisfaisante.
  • Un accord a été signé en mars 1996 avec l'Inde prévoyant une contribution à l'accélérateur LHC équivalant à un montant net pour le CERN de 12,5 millions de dollars.
  • Un nouvel accord a été signé en juin 1996 avec la Russie concernant une contribution à l'accélérateur LHC et une contribution à ses détecteurs, chacune d'un montant net pour le CERN de 67 millions de francs suisses. Le Directeur général s'est félicité que cet accord ouvre un nouveau chapitre dans l'histoire de la longue et fructueuse collaboration entre le CERN et la Russie.
  • Les discussions avec le Canada se poursuivent et un accord a été établi avec le Laboratoire TRIUMF de Vancouver pour une contribution en nature au LHC d'une valeur de 30 millions de dollars canadiens.
  • A la suite des négociations qui se sont déroulées avec les Etats-Unis en janvier et février 1996, le CERN et les représentants américains examinent ensemble l'impact d'une contribution du ministère de l'énergie (DOE) à l'accélérateur LHC et d'une contribution du DOE et de la National Science Foundation (NSF) aux expériences ATLAS et CMS. Le Directeur général s'est déclaré heureux des progrès accomplis, mais, au nom du Conseil, il a exprimé sa déception au sujet des montants actuellement en discussion, compte tenu que les physiciens américains seront le plus grand groupe national d'utilisateurs du LHC. M. John O' Fallon, représentant le DOE, a mentionné l'excellent climat des négociations entre le CERN et les Etats-Unis, lesquelles ont très sensiblement avancé. Il a déclaré: "Le DOE souhaite vivement parvenir à un accord, et la participation à cette collaboration internationale est tout à fait prioritaire." D'autres réunions se tiendront au CERN avec les représentants des Etats-Unis les 24 et 25 juin.

Planification du LHC

Le professeur Llewellyn Smith a présenté un exposé précis de la planification du projet LHC, en vue d'un examen par le Conseil de l'avancement de celui-ci, examen qui interviendra avant la fin de 1997. On espère que cet examen conduira à la décision de construire le LHC en une seule étape, de manière que les expériences à 14 TeV commencent en 2005.

Le Directeur général s'est référé à un rapport "Evaluation du Grand collisionneur de hadrons" publié par le DOE, qui confirme que les Etats membres du CERN ont la conviction que les objectifs du projet LHC pourront être atteints. Le rapport conclut en ces termes : "Le Comité, et c'est là le point le plus important, a constaté que le projet possède une direction expérimentée et techniquement compétente, qui fonctionne bien. Cette forte équipe dirigeante, associée à l'histoire des réussites des projets passés du CERN, donne confiance au Comité dans les chances de succès du projet LHC."

Restructuration et nominations de personnel supérieur

Le Conseil a approuvé les propositions du Directeur général concernant des changements dans l'organisation des divisions en vue de préparer la réalisation du LHC, qui deviendra l'élément central de toutes les activités du CERN. A la suite de la création des divisions LHC et EST en janvier 1996, la Direction a poursuivi son étude d'un possible regroupement d'activités pour améliorer l'efficacité.

Direction du CERN au 1er janvier 1997

Direction générale

Directeur général C. Llewellyn Smith (GB)
Directeur du projet LHC Lyndon Evans (GB)
Directeur de la recherche Lorenzo Foà (I)
Directeur des accélérateurs Kurt Hübner (A)
Directeur de l'administration Maurice Robin (F)
Directeur de la recherche et Directeur technique Horst Wenninger (D)

Chefs de division

Physique théorique (TH) G. Veneziano (I)
Expériences de physique des particules (PPE) G. Goggi (I)
Soutien en ingénierie et technologies (EST) D. Güsewell (D)
Informatique et réseaux (CN) J. May (D)
Electronique et informatique pour la physique (ECP) M. Turala (PL)
Synchrotron à protons (PS) D. Simon (F)
SPS + LEP (SL) K. Kissler (D)
Approvisionnements et logistique (SPL) R. Perin (I)
Support technique (ST) F. Ferger (D)
Support administratif (AS) J. Ferguson (GB)
Personnel (PE) B. Angerth (S)
Finances (FI) A. Naudi (CH/GB)
Commission Inspection technique & sécurité (TIS) H. Schönbacher (A)
Grand collisionneur de hadrons (LHC) J-P. Gourber (F)

Elections

Le professeur J. Niederle a été réélu Vice-Président du Conseil pour une période d'un an.

Les professeurs G. Ross et S. Yamada ont été élus membres du Comité des directives scientifiques pour une période de trois ans à compter du 1er juillet 1996.

Note(s)

1. Le CERN, Laboratoire européen pour la physique des particules, a son siège à Genève. Ses Etats membres sont les suivants: Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Italie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, la République slovaque, la République tchèque, Royaume-Uni, Suède et Suisse. La Fédération de Russie, Israël, le Japon, la Turquie, la Commission des Communautés européennes et l'UNESCO ont le statut d'observateur.

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