Arrêt du LEP après onze années de recherches de pointe

Voici les mesures du dernier faisceau du LEP. L'accélérateur a été arrêté pour la dernière fois à 8h00, le 2 novembre dernier. (Image: CERN)

Voici les mesures du dernier faisceau du LEP. L'accélérateur a été arrêté pour la dernière fois à 8h00, le 2 novembre dernier. (Image: CERN)

Après des consultations approfondies avec les comités scientifiques compétents
le Directeur général du CERN , Luciano Maiani, a annoncé aujourd'hui que
l'accélérateur LEP a été définitivement arrêté. La fermeture, initialement
prévue pour la fin de septembre 2000, avait été reportée
au 2 novembre
sur la base d'indices très prometteurs d'une possible
nouvelle physique. A la fin de cette période supplémentaire, les quatre
expériences LEP ont enregistré un certain nombre de collisions compatibles
avec la production de particules de Higgs d'une masse d'environ 115 GeV.
Ces événements sont aussi compatibles avec d'autres processus connus.
Les nouvelles données ne sont pas suffisamment concluantes pour justifier
l'exploitation du LEP en 2001, qui aurait des répercussions inévitables
sur la construction du LHC et le programme scientifique du CERN. La Direction
du CERN a décidé que la meilleure voie à suivre pour le Laboratoire est
de pousser les feux pour réaliser le projet de grand collisionneur de
hadrons (LHC).

Il sera demandé au Conseil du CERN, lors de sa prochaine session en
décembre, de confirmer le début du démantèlement de l'accélérateur LEP.
Le Directeur général demandera aussi au Conseil d'accroître les ressources
disponibles pour le projet LHC, afin d'accélérer le programme de construction
et d'installation de la machine et des détecteurs.

Pendant la dernière année d'exploitation du LEP, les physiciens des
accélérateurs du CERN ont tout mis en œuvre pour pousser aussi haut que
possible l'énergie de l'accélérateur et optimiser les chances d'une découverte.
Initialement prévu pour atteindre jusqu'à 200 GeV dans les collisions
électron-positon, le LEP est parvenu cette année à une énergie de collision
de 209 GeV, donnant aux physiciens une dernière occasion d'explorer un
territoire inconnu et de poursuivre la chasse au boson de Higgs. Cette
particule théorique est liée au phénomène supposé responsable des masses
des particules. Certaines particules sont dépourvues de masse, tandis
que d'autres en possèdent une, et la gamme de ces masses est immense.
Pourquoi? Cela reste un mystère qui pourrait s'expliquer par l'existence
des bosons de Higgs. Ces derniers sont engendrés par un champ, le champ
de Higgs, dont on postule qu'il occupe la totalité de l'espace. La masse
d'une particule serait déterminée par l'intensité de son interaction avec
ce champ.

Le programme LHC est le moyen
le plus rapide et efficace d'observer de nouveaux phénomènes de physique.
Les expériences auprès du nouvel accélérateur devraient offrir des possibilités
nouvelles et complémentaires d'observer le boson de Higgs et de vérifier
s'il remplit bien sa mission de conférer des masses à toutes les autres
particules. De plus, on s'attend à ce qu'un boson de Higgs possédant la
masse de 115 GeV suggérée par les expériences LEP s'accompagne d'autres
nouveaux phénomènes de physique qui devraient aussi être observables au
LHC. Selon une hypothèse, de nouvelles particules supersymétriques pourraient
exister en grand nombre, dont la plus légère pourrait constituer la matière
sombre de l'Univers chère aux astrophysiciens. S'il en est ainsi, de nombreuses
variétés de ces particules supersymétriques devraient être produites et
détectées au LHC.

Au terme de onze années d'exploitation, le LEP restera dans les mémoires
comme la machine qui a permis d'asseoir sur des bases solides la théorie
qui décrit le comportement des particules – le modèle standard. Les mesures
d'une précision extraordinaire effectuées par les quatre expériences LEP
ont confirmé la validité du modèle standard et apporté la preuve décisive
de l'existence de trois, et seulement trois, familles de particules de
matière. Pourquoi il en est ainsi est une autre énigme que la génération
suivante de chercheurs devra s'employer à résoudre alors que s'ouvre l'ère
du LHC et au-delà.

Note(s)

1.Le CERN, Laboratoire européen pour la physique des particules, a son siège à Genève. Ses Etats membres sont les suivants: Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Danemark, Espagne, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Italie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque, Royaume-Uni, Suède et Suisse. La Fédération de Russie, Israël, le Japon, la Turquie, les Etats-Unis, la Commission des Communautés européennes et l'UNESCO ont le statut d'observateur.

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