Le libre accès a le vent en poupe en physique des particules!

Genève, le 3 novembre 2006. Les organismes de financement européens de la physique des particules ont tenu aujourd'hui une première réunion au CERN1, pour établir un consortium pour la libre diffusion des résultats de physique des particules, le SCOAP32. C'est la première fois qu'une discipline scientifique dans son ensemble envisage de renoncer au système des revues financées par les lecteurs pour adopter celui du libre accès à la charge des auteurs.

Le libre accès pourrait révolutionner le monde de la publication universitaire et avoir un fort impact sur la recherche. L'idée est de diffuser librement les publications, qui ne seraient plus financées par les abonnements des lecteurs, comme par le passé, mais par les organismes de financement, par l'intermédiaire des laboratoires et des auteurs. Ce nouveau concept élargira les perspectives des chercheurs et des organismes de financement, qui pourront tirer parti de la diffusion illimitée des résultats des recherches bénéficiant d'un financement public.

«DESY est entièrement acquis à la libre diffusion des résultats de physique des particules et nous espérons qu'elle deviendra une réalité dans un proche avenir. Nous devons participer activement, dans un esprit constructif, aux discussions en cours pour établir un consortium», a déclaré Rolf-Dieter Heuer, directeur de recherche au Laboratoire allemand DESY. François le Diberder, de l'Institut national français de physique des particules et de physique nucléaire (CNRS/IN2P3) a abondé dans ce sens: «Le CNRS et l'IN2P3 appuient sans réserve l'initiative SCOAP3 et participeront, dans une perspective proactive, à sa conception et à sa réalisation ».De même, le délégué de l'Institut national italien de physique nucléaire (INFN), Graziano Fortuna, a indiqué que «l'INFN souscrit pleinement à l'adoption de la formule du libre accès pour les publications de physique des hautes énergies». Des délégués d'autres organismes de financement, notamment d'Allemagne (en particulier de l'Institut Max Planck), d'Espagne, de Grèce, de Norvège, des Pays-Bas, du Portugal, de Suède et de Suisse, ont également manifesté leur appui, tout comme le Comité européen sur les futurs accélérateurs (ECFA). Les groupements de bibliothèques, nationaux comme internationaux, sont très enthousiastes.

«L'heure est au changement et nous pouvons aujourd'hui expérimenter de nouveaux modèles. Le CERN fait figure de pionnier dans le domaine de la publication en libre accès et SCOAP3 est perçu comme un projet pilote qui devrait permettre de nouvelles évolutions de la publication scientifique», estime P?teris Zilgalvis, de la Commission européenne.

Les éditeurs sont eux aussi bien conscients des possibilités qu'offre le libre accès: les revues publiées par l'American Institute of Physics, l'American Physical Society, Elsevier et Springer ont déjà commencé à proposer aux auteurs de publier leurs articles en libre accès. Peu avant la réunion, le consortium éditorial de l'European Physical Journal a baissé ses prix pour l'option du libre accès et a annoncé l'adoption d'un type de copyright favorable aux auteurs. Parallèlement, les éditeurs de la revue Journal of High Energy Physics (JHEP) se sont déclarés prêts à appliquer une politique de financement qui permettrait le libre accès à leurs articles. Au sujet du coût de l'initiative, ils ont indiqué qu'ils sont «parvenus à prouver qu'il est possible de limiter les coûts tout en garantissant la plus grande rigueur lors de l'examen par les pairs».

La réunion d'aujourd'hui a permis d'ébaucher une stratégie efficace pour le financement de la publication en libre accès dans le domaine de la physique des hautes énergies. Un comité de travail intérimaire comprenant des physiciens, des bibliothécaires, et des experts juridiques de toute l'Europe a été constitué pour jeter les bases de SCOAP3 dans les mois à venir.

Fred Friend, directeur honoraire de la communication scientifique à l'University College de Londres, a déclaré «aujourd'hui, ce sont les organismes de financement qui ont mené le débat. Nous devons conjuguer nos efforts si nous voulons assurer l'avènement du libre accès et redessiner durablement le paysage de la publication en physique des particules».

Pour plus de détails:
Jens Vigen
Bibliothèque du CERN
Tel. +41 22 767 24 10
Email: Jens.Vigen@cern.ch

Note(s)

1. Le CERN, Organisation européenne pour la recherche nucléaire, est le premier centre mondial de recherche en physique des particules. Il a son siège à Genève et a actuellement pour Etats membres l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, la Bulgarie, le Danemark, l'Espagne, la Finlande, la France, la Grèce, la Hongrie, l'Italie, la Norvège, les Pays-Bas, la Pologne, le Portugal, la République slovaque, la République tchèque, le Royaume-Uni, la Suède et la Suisse. L'Inde, Israël, le Japon, la Fédération de Russie, les Etats-Unis d'Amérique, la Turquie, la Commission européenne et l'UNESCO ont le statut d'observateur.

2. SCOAP3, Sponsoring Consortium for Open Access Publishing in Particle Physics (Consortium de financement pour la publication en libre accès en physique des particules).

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